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Du Bénin à Lyon : le dialogue derrière chaque création

Du Bénin à Lyon : le dialogue derrière chaque création

Une création Maison Adé ne naît jamais tout à fait à un seul endroit.

Elle peut commencer par un dessin à Lyon, se préciser devant une matière à Cotonou, prendre forme entre les mains d’un tailleur au Bénin, puis continuer son histoire au Vestiaire d’Autorité, lorsqu’elle rencontre enfin celle ou celui qui va la porter.

Entre les deux, il y a des kilomètres. Mais surtout des regards, des gestes, des choix, des ajustements et des personnes.

Chez Maison Adé, créer entre le Bénin et Lyon n’est pas une organisation de production.

C’est un dialogue.


Tout commence par le tissu

Pendant longtemps, ma manière de créer était presque entièrement intuitive.

J’arrivais au Bénin, j’entrais dans les magasins de tissus et j’attendais qu’une matière m’arrête.

En réalité, c’était presque toujours la couleur qui me trouvait en premier.

Une nuance. Une association. Quelque chose qui attrape immédiatement mon regard.

Ensuite seulement venaient la matière, sa texture, son tombé et la question : qu’est-ce que ce tissu pourrait devenir ?

Je pouvais ainsi rentrer avec près d’une centaine de pièces imaginées au gré des découvertes, des couleurs et des envies.

Aujourd’hui, ma façon de travailler évolue.

Je construis davantage les collections en amont. Les silhouettes sont dessinées, les familles de matières sont pensées et j’arrive au Bénin avec un langage que je veux faire vivre de pièce en pièce.

Je sais par exemple que telle silhouette aura besoin d’une matière structurée quand une autre demandera davantage de fluidité.

Mais quelque chose n’a pas changé.

La couleur garde le dernier mot.

Je peux arriver avec un plan très précis et savoir exactement ce que je cherche. Puis entrer dans une boutique, voir une matière que je n’avais absolument pas prévue… et craquer.

C’est probablement l’un de mes prochains défis : apprendre à faire des collections plus resserrées sans perdre cette capacité à me laisser surprendre.

Parce que structurer l’instinct ne signifie pas le faire disparaître.


D’une collection de pièces à un langage de Maison

Cette nouvelle façon de créer est aussi liée à une prise de conscience.

Une Maison ne construit pas seulement de beaux vêtements les uns à côté des autres. Elle construit un langage.

C’est cette vision que développe Maison Adé aujourd’hui.

Des proportions qui se répondent.
Des volumes reconnaissables.
Des matières.
Une palette.
Une intention commune.

C’est ce que je cherche désormais lorsque je pense une collection Maison Adé.

Non plus créer simplement parce qu’une matière est magnifique — même si la tentation reste grande — mais me demander comment chaque création entre dans une histoire plus large.

Lors de mon dernier voyage au Bénin, j’étais partie avec une sélection de silhouettes beaucoup plus précise et l’intention de produire environ vingt-cinq pièces.

Je n’ai évidemment pas totalement résisté aux tissus découverts sur place.

Mais pour la première fois, il y avait avant le voyage une architecture.

Et aujourd’hui, c’est à cet endroit que je veux travailler : entre discipline et instinct.


Au Bénin, le dessin rencontre le geste

Une fois le tissu choisi, une autre conversation commence.

Elle se poursuit notamment avec Junior, le tailleur avec lequel je travaille principalement au Bénin.

Je lui montre mon dessin. Je lui explique ce que j’ai imaginé, les proportions, le mouvement, l’intention.

Puis je le laisse faire sa magie.

J’aime justement qu’il ne soit pas toujours dans une exécution littérale. Il peut parfois se permettre un détail, une interprétation, une petite liberté.

Et de mon côté, je le challenge de plus en plus techniquement.

L’un des enjeux actuels de Maison Adé est par exemple de développer davantage de créations capables de s’adapter à plusieurs morphologies.

Je veux qu’une même silhouette puisse être habitée par une personne qui porte un 36 ou un 38 comme par une personne qui porte un 42, un 44, parfois davantage.

Cela oblige à réfléchir autrement.

Comment créer de l’amplitude sans perdre la ligne ?
Comment ajuster sans rigidifier ?
Comment préserver le volume tout en permettant au vêtement de vivre sur plusieurs corps ?

Je donne l’intention. Junior cherche des solutions. 

Et parfois, je dois aussi revenir à des choses beaucoup plus pragmatiques.

Une fermeture qui manque. Une boutonnière à reprendre. Une finition intérieure qui n’est pas encore au niveau que j’attends. Un bouton que je veux différent.

Parce qu’entre un beau dessin et une création aboutie, il y a aussi l’exigence du détail.



Alladé, le lien qui rend tout cela possible

Il y a une autre personne sans laquelle cette histoire entre le Bénin et Lyon ne pourrait pas fonctionner comme elle fonctionne aujourd’hui.

Alladé.

Il est mon cousin germain. Il est aussi mon bras droit au Bénin.

C’est avec lui que je parcours les magasins de tissus, que nous allons chez les tailleurs ou chez le brodeur. Lorsque je suis en France, c’est encore lui qui assure le lien : achats, suivi des pièces, récupération auprès des artisans, coordination et parfois même la pression nécessaire lorsqu’un délai commence à s’allonger.

Je reconnecte réellement avec le Bénin depuis quelques années. Lui connaît le terrain.

Il sait où aller.
Il connaît les personnes.
Il fait le lien.

Cette relation dépasse largement une organisation logistique. Elle repose sur une confiance entière.

Et comme les rôles ne sont jamais complètement figés chez Maison Adé, Alladé passe parfois de l’autre côté de l’objectif : il est également modèle lors de certains shootings de la Maison.


Lyon n’est pas la fin du voyage

Une fois les créations arrivées en France, elles rejoignent le Vestiaire d’Autorité à Lyon.

Je réalise alors un contrôle qualité, même si je sais que c’est encore un point que je veux renforcer dans notre organisation.

Lorsque je suis au Bénin, les journées sont denses, les pièces nombreuses et le rythme très rapide. Certaines vérifications se font donc encore une fois les créations revenues à Lyon.

Puis vient l’épreuve la plus importante : le corps.

Lorsqu’une cliente essaie une création, certains ajustements peuvent apparaître nécessaires. Une finition. Une boutonnière. Une reprise. Une adaptation.

C’est alors notamment Mamdouh, artisan basé à Lyon, qui intervient sur certaines retouches.

Et ce détail raconte finalement assez bien Maison Adé.

Une création peut avoir été imaginée à Lyon, choisie à travers une matière au Bénin, interprétée par Junior, suivie par Alladé puis ajustée par Mamdouh lorsque la personne qui va la porter entre enfin dans l’histoire.

Le dialogue continue jusqu’au dernier geste.


Faire circuler les savoir-faire dans les deux sens

Mais ce dialogue France–Bénin ne doit pas rester seulement celui d’aujourd’hui.

J’imagine déjà la suite.

J’aimerais un jour disposer de notre propre atelier au Bénin.

Un atelier équipé de vraies machines, capable de créer des emplois stables et mieux rémunérés, mais aussi de devenir un lieu de formation et de transmission.

Parce que ce que je découvre sur place me frappe souvent : avec peu de moyens et parfois des équipements très limités, les artisans sont déjà capables de réaliser énormément de choses.

Alors je me pose forcément la question :

qu’est-ce qui deviendrait possible avec davantage d’équipement, de formation et de transmission technique ?

J’imagine par exemple Mamdouh partir un jour au Bénin pour partager certaines méthodes avec les tailleurs avec lesquels nous travaillons.

Pas pour remplacer ce qui existe.

Pour ajouter des compétences à des compétences.

Et dans l’autre sens, j’aimerais que ce que j’apprends moi-même du Bénin — ses matières, son artisanat, ses textiles, ses bijoux, ses savoir-faire — puisse davantage être découvert ici.

C’est ce pont que je veux construire.


Mettre à l’honneur ce qui existe déjà

Tout ce que Maison Adé sélectionne et développe au Bénin participe de cette même intention.

Les tissus.

La confection.

Les broderies.

Les bijoux découverts auprès de commerçants et d’artisans.

Je veux que la Maison puisse contribuer, à son échelle, à mettre en lumière cette richesse et à participer à l’économie locale.

Pas en faisant du Bénin un décor de marque.

Mais en construisant progressivement un véritable écosystème autour de la création.

Un écosystème où les emplois peuvent devenir plus stables, les équipements meilleurs, les savoir-faire plus visibles et la transmission plus structurée.


Et puis, un jour, la création rencontre quelqu’un

Il y a pourtant une partie de cette histoire que nous racontons encore trop peu.

Lorsqu’une cliente entre au Vestiaire d’Autorité et enfile une création, elle ne voit pas forcément immédiatement tout ce qui l’a précédée.

La boutique dans laquelle une couleur m’a arrêtée.

Le tissu que nous avons déroulé.

Les kilomètres parcourus avec Alladé.

Le dessin posé devant Junior.

Les essais.

Les problèmes techniques.

Les détails repris.

Le voyage jusqu’à Lyon.

Les derniers ajustements.

Et pourtant, tout cela est là.

Dans une veste.

Dans une jupe.

Dans un volume.

Dans un bouton.

Dans une matière.

C’est aussi pour cela que nous voulons raconter davantage nos savoir-faire dans le Journal.

Parce que connaître le chemin d’une création ne change pas seulement la façon dont on la regarde.

Cela change parfois la façon dont on choisit de la garder.


Découvre le Vestiaire d’Autorité Maison Adé

Chaque création Maison Adé est issue de ce dialogue entre intuition et structure, entre le Bénin et Lyon, entre celles et ceux qui la façonnent et la personne qui finira par l’habiter.

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